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1984 de Georges Orwell : chronique d’un chef d’œuvre intemporel

Remarquable, brillant, et mémorable. À eux seuls, ces trois adjectifs suffisent à décrire l’incontournable roman 1984 de Georges Orwell. Grand classique littéraire, il ne cesse de faire parler de lui, même près de 70 ans après sa première date de sortie !

Osez nous dire que le slogan « Big Brother is Watching You » vous est inconnu. Célèbre et incontournable, son origine provient de cette œuvre ! Son impact sur notre société nouvelle est des plus probants. Orwell choisit des propos crus et agressifs, et n’hésite pas une seconde à pointer du doigt les acteurs de cette société dysfonctionnelle qu’il a pourtant seulement imaginé !

Lors de l’écriture de son roman, il ne pouvait guère imaginer à quel point ses mots sonneraient juste quelques décennies plus tard : sa dystopie devient plus vraie que nature. Même si au vu de son titre, l’hypothèse qu’il considérait cette société comme possible un jour n’est pas à exclure.

Prélude de la chronique

Bien entendu, notre réalité est moins cauchemardesque et désastreuse, et bien heureusement. Sinon, les quelques lignes de cet article n’existeraient sûrement pas !

À part lui, quel autre auteur a su susciter autant l’imaginaire dans l’esprit de la population en utilisant une mécanique pourtant simple et évidente ? Il a réussi à aborder le problème de futures décennies sans même savoir s’il allait réellement exister un jour : l’émergence d’empires idéologiques totalitaires. En outre, il en dénonce le fonctionnement en mettant le lecteur à la place de la victime, de la personne qui se retrouve prise au piège de ces courants avec lesquels il n’est pas en accord, mais qu’il se retrouve obligé de subir malgré tout.

Il dépeint la vision d’un gouvernement moderne, en l’imaginant à son extrême. L’effroi et l’impuissance d’un tel avènement sont retranscris à la perfection. Un monde où la politique domine au détriment de la vie humaine, où torture et manipulation psychologique sont la représentation de la normalité. Un monde où les enfants sont éduqués pour trahir et dénoncer leurs parents, où la sexualité est synonyme de honte et d’individualisme, un monde où vous travaillez tellement que vous n’avez plus aucune force pour seulement songer à désobéir.

L’idéologie a vaincu l’individu, et nous assistons avec une lourde impuissance aux conséquences de ce triomphe.

1984 : Résumé de l’histoire

Pour mieux comprendre cet article, un résumé de l’histoire de Georges Orwell nous paraît indispensable !

Nous plongeons dans un univers londonien, durant l’année 1984. Le climat du monde actuel est aussi tendu qu’une flèche prête à s’élancer de son arc. En effet, il est divisé en trois grandes régions qui sont dans une guerre sans merci les unes contre les autres. Elles ont pour nom l’Oceania, l’Eurasia et l’Estasia.

Nous y suivrons les aventures de Winston Smith. Ici, le héro n’est qu’un homme comme vous et moi, en un peu plus lucide peut-être. Animé d’une soif de vie intense et d’une curiosité propre à l’homme en général, il essayera de briser ses chaînes, de découvrir une liberté nouvelle et inconnue, de réaliser ses rêves et ses espoirs, aussi fou qu’ils puissent paraître dans ce monde de chaos dans lequel il vit.

Membre de l’état de l’Oceania, il est fonctionnaire et travaille au Ministère de la Vérité. Sa tâche est simple et répétitive : examiner minutieusement les journaux de l’État dans le but d’éliminer chaque élément informatif qui pourrait avoir des effets nocifs sur la population si elle venait à les apprendre. Il les réécrit de manière à ce que le Parti de l’Oceania soit toujours à son avantage.

L’administration de l’Oceania montre une façade simple et immaculée. Quatre ministères différents en sont les gouverneurs : Vérité, Paix, Amour et Abondance. Elle possède trois slogans répétitifs, qui deviennent la base de pensée de la population entière.

  • « La guerre, c’est la paix. »
  • « La liberté, c’est l’esclavage. »
  • « L’ignorance, c’est la force. »

L’Oceania n’est en réalité qu’une dictature à parti unique, avec à son commandement, le terrifiant et tyrannique Big Brother. Sa philosophie est d’avoir un contrôle total sur sa population, de ne leur laisser aucun droit de pensée ou de liberté.

Tous ont la même vie, tous ont les mêmes buts, tous pensent de la même manière.

Une société parfaitement aliénée

Chacun de leurs faits et gestes sont surveillés, même ceux d’ordre intime. Impossible de cacher quelque chose à Big Brother ; avant même que la pensée n’ait le temps de traverser l’esprit, il l’aura déjà entendu.

Pour réussir à ses fins, ce tyran a mis en place un système d’oppression poussé à son paroxysme ! La police de la pensée et de la langue, capable de s’infiltrer dans les pensées les plus profondes, peut punir les idées politiquement incorrectes. La négation du sexe et de tout ce qui touche à la sensualité pousse la population à être individualiste et à s’isoler complètement. Enfin son système de surveillance est des plus parfaits. Les bâtiments sont remplis de télécrans, des caméras implantés dans n’importe quelle demeure, qui peuvent vous voir et vous entendre en permanence.

Dans n’importe quelle rue se trouvent des affiches de Big Brother au regard sinistre et inquisiteur. Il donne l’illusion d’être omniscient et omniprésent, ne laissant ainsi aucun répit à son peuple. C’est grâce à cette crainte qu’il inspire que tout ses sujets se plient à de telles conditions de vie, où l’âme humaine est rétrogradée, cette vie où liberté rime avec esclavage.

Georges Orwell a pris la décision de rédiger son roman en trois parties différentes. Voici ce qu’elles contiennent dans les grandes lignes.

La première partie du roman

L’histoire prend ses marques le 4 avril 1984 à Londres, la capitale de l’Oceania.

Ce jour-là, notre protagoniste : Winston Smith, note dans son journal qu’il tient secret une anecdote : lors d’une séance de « minute de haine », il a remarqué le comportement particulièrement désinvolte d’une femme aux cheveux noirs, Julia. Sa manière d’agir va hanter son esprit des jours durant : il se sait condamné, mais pourquoi ne le sait-elle pas ? Aurait-elle décider d’agir ? Un être humain peut-il réellement être capable d’une telle folie ?

Winston est lucide sur sa situation, mais il se condamne à une vie d’errance et de souffrance. Il le supporte parce qu’il n’a pas le choix. C’est pourquoi le comportement de Julia le taraude autant : il le pousse à remettre son manque de choix en question, et vient mettre en lumière ses premières idées divergentes. Ses nouvelles pensées le terrorisent. Il ne cesse de penser aux conséquences qu’elles pourraient avoir, et les imaginer le plonge dans un état de panique.

Quelques jours plus tard, il rencontre cette fameuse Julia lors de sa pause déjeuner. Il se persuade qu’elle l’espionne, et le soir-même, il décide de ne pas se rendre au Centre Communautaire instauré par Big Brother. Il erre dans les rues de Londres, et fait même un achat chez un antiquaire. Ce soir-là, il tombe à nouveau sur Julia. Terrorisé, ses craintes s’apaisent cependant lorsqu’elle lui glisse un petit mot quelques jours plus tard. « Je vous aime. », avait-elle écrit.

Et c’est ainsi que débuta leur histoire d’amour secrète.

Seconde partie de 1984

Julia et Winston vivent dans la crainte et la peur, mais leur amour les aide à surmonter ces désagréments. Ils emménagent ensemble, et c’est ainsi que va débuter leur rébellion.

Ils s’engagent dans une résistance vaine et pleine d’espoirs. Lorsque Winston rencontre O’Brien, il est ravi de rencontrer quelqu’un qui, comme lui, est contre le Parti et souhaite le renverser.
Ce nouvel allié les fait intégrer la Fraternité, une organisation secrète de résistance contre le Parti.

Seulement, le rêve tourne bien vite au cauchemar. Sans qu’ils ne puissent agir, la Milice force l’entrée dans l’appartement au-dessus de l’antiquaire. Ils sont enlevés de force. O’Brien et l’antiquaire sont des imposteurs depuis le début. Bien loin d’être des résistants, ils font partie des membres de la Police de la Pensée, et ce sont eux qui ont dénoncés les pensées et les actes déviants de Winston et Julia au Parti.

Troisième partie et fin du livre

Le couple est en prison.

Minuscule cellule sans fenêtres, les tortures et les sévices deviennent le nouveau quotidien de Winston. Le Parti promet à Winston une vie meilleure, qu’ils allaient le soigner et le remettre sur le droit chemin.

Il se fait frapper, torturer, humilier. On le force à admettre ses crimes, même ceux qu’il n’a jamais commis. Il admet alors tout, même si c’est faux. Une fois les crimes admis, les gardes, dont fait d’ailleurs partie O’Brien, l’emmène en salle 101. Ils lui annoncent qu’il va désormais passer à l’étape de « Réintégration ». Imaginez un peu sa surprise et sa crainte lorsqu’il se trouve confronté à sa plus grande phobie : les rats ! À bout de force tant mentalement que physiquement, il donne au Parti ce qu’ils attendent de lui depuis le début : il dénonce Julia, il jette ses sentiments et ses rêves à terre. Il les laisse gagner.

La « Réintégration » est réussi.

Winston se trouve être libéré, mais il n’y a plus de Winston. C’est un être décharné, vide et désarticulé qui se trouve dans son corps : il n’y a plus aucune âme, plus aucune vie. Mentalement, il est complètement mort. Il n’est plus qu’une enveloppe charnelle, vide de sens et d’envie. Il ne reste plus rien de lui. Le Parti a gagné, il a vulgairement écrasé son âme avec la semelle de ses chaussures. Les quelques rêves qu’il avait ont étés réduits à néant.

À la fin du roman, Big Brother apparaît sur un écran. En l’apercevant, Winston ressent une sorte d’émotion. Il apprécie cet homme, il ressent réellement de l’affection pour lui ! Le Parti a donc réussi ce qu’il voulait : aliéner cette âme, faire aimer son dictateur de sa victime.

Notre avis sur 1984 de Georges Orwell

Peut-être n’avez-vous pas encore lu ce livre. Et dans ce cas, nous vous conseillons de ne pas attendre un instant de plus pour vous offrir de délicieuses heures de lecture ! Vous aimez lire et c’est aussi notre cas, et après l’avoir lu, nous ne pouvons que vous affirmez que ce roman est un véritable classique dont il est impossible de se lasser !

Georges Orwell n’a aucun mal à faire passer ses idées lors de la lecture de ce roman. 1984 est glaçant et effrayant.
Il n’utilise pas des combines vus et revus pour faire peur ; des zombies, des esprits, des monstres…
Non. Il frappe bien plus fort que ça, en utilisant directement la réalité.

Pourquoi ressentons-nous ce froid dans le dos, ces frissons dans l’échine lors de notre lecture ?

Parce que saisir le réalisme de ce monde chaotique n’est pas bien compliqué, et peut-être même un peu trop facile. C’est percutant.

Aujourd’hui, notre monde est dirigé par une poignée de personnes. Il suffit qu’une seule d’entre elle pousse une idéologie à son extrême sans prendre conscience du peuple pour que 1984 ne soit plus considéré comme une simple œuvre de fiction !

Beaucoup considèrent ce roman comme une dystopie, mais nous pensons plutôt qu’il s’agit d’une œuvre intemporelle. L’horreur décrite est possible et imaginable et ce, peu importe l’époque.
Le livre est sorti en 1949, et pourtant, il ne cesse de connaître régulièrement des hausses d’achats !

Si son succès est tel, c’est grâce aux questions qu’ils relèvent, qui seront toujours d’actualité quoi qu’il arrive.

Définitivement, 1984 de Georges Orwell est un livre à lire. Vous ressortirez grandis et touchés de cette lecture, vous aurez de quoi réfléchir pendant de longues heures encore.
Les notions d’humanité, de langage, de passé et de conditionnement sont tellement poussées que vous aurez sûrement du mal à savoir quoi penser sur le moment même.

1984 fait partie de ces romans uniques, ces histoires qui vous marqueront à vie et qui vous pousseront à remettre constamment en question notre monde actuel.

Qui était Georges Orwell ?

Pour finir cet article en beauté, penchons-nous quelques instants sur l’auteur de cette œuvre intemporelle !

Georges Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair est né en Inde en 1903. Il y a cependant très peu vécu, et c’est en Grande-Bretagne qu’il a passé toute sa scolarité. En 1922, il devient même sergent de l’armée britannique !
Cependant, cette expérience lui déplaît au plus haut point. C’est donc en 1927 qu’il démissionne et devient l’homme que l’on connaît aujourd’hui.

Il consacre sa vie à l’écriture, et c’est ainsi qu’il évolue en l’auteur reconnu qu’il est aujourd’hui.

Il a commencé la rédaction de 1984 peu de temps avant 1950, l’année de sa mort. La manière dont il image cette société oppressante où l’humanité n’est que secondaire et n’a presque pas sa place laisse à penser qu’il avait de sérieuses craintes pour l’avenir.
D’ailleurs, peu de temps après la sortie de son célèbre roman, il a confié ces phrases lors d’une interview : « Ne laissez pas cela se produire. Tout dépend de vous. ».
Il avait une grande peur de ce qu’il appelait « l’intoxication du pouvoir », cette politique extrême et absurde parfaitement retranscrite dans son œuvre.

D’ailleurs, l’inspiration d’Orwell venait peut-être de sa situation actuelle. En effet, il était constamment espionné et surveillé par l’administration britannique, qui le soupçonnait d’avoir des tendances socialistes. Plutôt ironique, n’est-ce pas ?

Nous espérons que cet article vous a plu, et que vous avez désormais une idée d’ensemble sur l’œuvre si connu de Georges Orwell !